La culture dans la déclaration de politique générale

Diverses préoccupations des acteurs culturels

Published on 17 September 2012

Author(s): Wal Fadjri/Biram Ndeck NDIAYE

Type:  Opinion

La Déclaration de politique générale (Dpg) de Monsieur le Premier ministre du Sénégal ne saurait laisser insensible les acteurs culturels.

Chacun peut apprécier individuellement, la liberté étant ce que nous avons de plus cher. Toutefois, la Fédération des métiers de la culture (Femec) dont la vocation est de défendre les intérêts matériels et moraux de ses membres félicite et encourage le Premier ministre car, nous pensons, en toute objectivité, que sa Dpg, en ce qui concerne la culture, prend en compte diverses préoccupations des acteurs culturels.
 
Pour illustrer notre propos, nous ne ferons que convoquer certains passages du discours. «Pour assurer son plein essor, notre industrie touristique a besoin de prendre du contenu, et donc de développer de plus fortes synergies avec la culture et l'artisanat». Nous pensons que c'est la stratégie à adopter. En notre qualité d'acteur culturel figurant parmi les consultants du consultant jadis chargé de proposer une étude sur la grappe Tourisme, industries culturelles et artisanat d'art, nous encourageons le Premier ministre dans sa volonté de faire de la culture ce levier à actionner pour développer le tourisme car, «on n'attire pas des mouches avec du vinaigre». L'exemple du Brésil avec son Festival de Rio est assez édifiant. C'est une période durant laquelle ce pays enregistre beaucoup de visiteurs.

Une offre tirée de la diversité culturelle rendrait plus attrayante la destination Sénégal parce que présentant plus de choix aux touristes. Le gouvernement entend «faire de la culture, à la fois, un vecteur pour le rayonnement de nos valeurs ainsi qu'un levier pour la croissance et la promotion économique et sociale». Valeurs ! Voilà le maître-mot car, nous sommes en manque criard de valeurs alors que ces dernières sont le socle naturel sur lequel devrait reposer tout projet de société. Un pays de femmes et d'hommes Màndu (vertueux ?) a plus de chance d'atteindre ses objectifs de développement.
 
Que peut-on réussir sans le «Jom », le «Ngor» et un peu de «Sutura» bien de chez nous ? Le secteur des industries culturelles génère beaucoup d'emplois : écrivains, poètes, paroliers, musiciens, chanteurs, managers, promoteurs, plasticiens, comédiens, cinéastes, couturiers, stylistes, designers, chorégraphes, danseurs, producteurs, réalisateurs, distributeurs, régisseurs, etc. Du fait de son importance et du nombre de sous-secteurs et de personnes concernés, le futur Conseil économique et social aurait pu, à notre humble avis, s'appeler Conseil économique, social et culturel.

La culture est la fondation sur laquelle est bâtie, l'économique, le social, le politique et tout autre commun vouloir de vie commune. C'est la charte non écrite d'un pays, les règles qui gouvernent notre conscience, même si nous n'en sommes pas conscients. La sous-estimer serait une grave erreur car, comment naviguer sans boussole ? Aucun vent ne serait favorable. Valoriser ce que l'on a de meilleur et empruntons aux autres ce qu'ils ont de positif !

Dans sa Dpg, le Premier ministre a également évoqué les investissements si indispensables à la croissance d'un secteur. Et de confirmer : «Il sera donc nécessaire de consentir davantage d'investissements structurants, et d'accompagner les initiatives du secteur privé, pour tirer tout le potentiel de création de richesse et d'emplois dont les industries culturelles et l'artisanat sont aujourd'hui porteurs.» La claire conscience de ce potentiel, venant d'une haute autorité de l'Etat comme le Premier ministre, conduira certainement à contribuer à son exploitation. Nous l'y encourageons vivement.

La décentralisation effective, avec le concours des collectivités locales, n'est pas passée sous silence, la culture faisant partie des compétences transférées : «Les pôles culturels régionaux seront redynamisés, avec l'appui des collectivités locales, afin de contribuer à une meilleure valorisation de la diversité culturelle de nos terroirs.» L'Etat ne laissera pas tout entre les mains des seuls maires aux ressources souvent limitées.

Ces deux collectivités publiques que sont l'Etat et les collectivités locales ont des responsabilités d'animation culturelle et d'appui aux acteurs culturels qui sont les bras de cette politique. L'aide peut varier selon les disponibilités budgétaires mais elle ne doit jamais être absente tout au long d'une année budgétaire.
 
Nous saluons la démarche inclusive, participative adoptée par le Premier ministre qui, s'adressant aux métiers de la culture, déclare : «En concertation avec les acteurs, le cadre d'orientation stratégique du secteur de la culture sera validé, en vue de l'accélération des réformes et l'application des textes législatifs et réglementaires en matière de droits de propriété (intellectuelle) ainsi que la mise en place de mécanismes pour faciliter l'accès aux crédits des porteurs de projets culturels». Au lieu de se contenter de réfléchir et de proposer à leur place, le Pm les invite à une concertation.

On peut comprendre cette invite comme une marque d'humilité et de considération pour lesdits acteurs. Un programme partagé dans sa phase de conception trouve plus de bras volontaires pour son application. La priorité des priorités est évoquée : il s'agit de la lancinante question de la couverture sociale car, pour créer une œuvre et pouvoir en jouir, il faut bien être vivant et de bonne santé de surcroît.

Voilà pourquoi : «La question récurrente de la protection sociale des acteurs devra trouver une réponse définitive dans le cadre de ces concertations», dixit le Pm. Ces concertations englobent plusieurs chantiers dont l'amélioration de l'environnement juridique avec la diligence souhaitée dans l'application des textes législatifs et réglementaires en instance et l'accès au crédit.
On peut aisément comprendre que l'application desdits textes concerne aussi ceux relatifs au cinéma et à l'audiovisuel, le statut de l'artiste, la loi sur le droit d'auteur et les droits voisins avec la création de la société de gestion collective prévue pour remplacer le Bureau sénégalais du droit d'auteur (Bsda) après le travail considérable de madame Diabé, son ex- directeur général.

Les textes relatifs à la fiscalité, ceux régissant les écoles de formation ainsi que ceux liant le gouvernement à des partenaires nationaux, bilatéraux et multilatéraux ne devraient certainement pas tarder à se remettre au goût du jour. L'on peut également déceler la volonté du Premier ministre et de son gouvernement de veiller au respect des engagements de l'Etat à travers le versement de la subvention promise au titre de la convention portant couverture sociale des métiers de la culture et l'alimentation du Fonds d'aide à l'édition.

Quid du patrimoine culturel, qu'il soit matériel mais surtout immatériel ? Ses défenseurs se sentent soulagés par la résolution du Pm de le sauvegarder, de le protéger et de le promouvoir : «Promouvoir un secteur culturel plus dynamique, c'est assumer notre devoir de mémoire, c'est assurer la sauvegarde et la valorisation de notre riche patrimoine culturel et spirituel. Promouvoir un secteur culturel plus dynamique, c'est protéger les sites et monuments historiques.» Enfin, que vaudrait une promotion et protection des oeuvres sans celles de leurs auteurs ?

A cette interrogation, l'intention du Pm nous permet de nourrir beaucoup d'espoir : «Promouvoir un secteur culturel plus dynamique, c'est aussi et surtout encourager et soutenir les créateurs, protéger les oeuvres culturelles contre les effets nocifs de la piraterie. A cet égard, des actions énergiques seront entreprises pour assainir le secteur». Le piratage des oeuvres ayant toujours été une préoccupation majeure de l'ensemble des auteurs, interprètes et entrepreneurs culturels, à la détermination affichée de le combattre, on ne peut qu'applaudir.

Il reste entendu que tous les détails concernant tous les secteurs ne pourront jamais trouver assez de place pour être traités sous tous les angles dans une Dpg. C'est à l'aune des actions entreprises avec chiffres et délais d'exécution, confrontées aux réalités du terrain, que l'on pourra mesurer et apprécier, voire juger le chemin parcouru entre la détermination, les ambitions affichées et les résultats obtenus.
 
Ce sera le moment du bilan, le seul critère objectif. Au début sera la Dpg et le bilan à la fin. Ne nous hâtons pas d'inverser le bon ordre des choses. L'intention n'est pas le résultat, même si elle peut permettre de l'obtenir. Après tout, il s'agit d'une «déclaration de politique...générale». Non seulement elle doit rester une déclaration mais encore elle est dite générale mais pas particulière. Que l'adjectif s'accorde avec déclaration ou politique, importe peu.

Il s'agira après tout de généralités qu'il convient de développer ultérieurement, sous-secteur par sous-secteur. Pour notre part, nous suggérons au gouvernement de financer des études précises dans tous les secteurs qui n'en disposeraient pas suffisamment car, l'on ne pourra point évoluer sans évaluer. Les statistiques sont un outil précieux de mesure et d'orientation. Il serait profitable à notre pays de gérer avec parcimonie nos maigres ressources, de définir des critères objectifs pour les postes à pourvoir et les actions à entreprendre.
 
Nous sommes conscients de votre volonté d'oeuvrer à hisser le plus haut possible le niveau de culture générale de nos concitoyens. Aux politiciens professionnels, il devrait être exigé un peu plus de connaissances en histoire, géographie, fiscalité, un peu plus de culture politique, juridique (rôle des institutions, notion de service public, séparation des pouvoirs, respect des libertés, droits et devoirs du citoyen, etc.)

Enfin, que ceux qui le peuvent apportent leur contribution objective à la marche de leur secteur d'activité et du pays. Pour sa part, la Fédération des métiers de la culture (Femec), le plus grand regroupement d'acteurs culturels jamais créé au Sénégal, regorge d'expertise avérée dans tous les domaines de la culture et constitue une banque d'idées et d'études à la disposition de ceux qui le voudront bien.

Certains de ses membres ont déjà apporté leur contribution quand celle-ci leur a été demandée, aux Assises nationales du Sénégal notamment. Le Premier ministre nous avez fait l'honneur de nous inviter à la cérémonie marquant les cent jours du gouvernement, nous comptant ainsi parmi les forces vives de la Nation. Plein succès, Monsieur le Premier ministre, vous qui semblez avoir une aversion pour la politique politicienne et un penchant pour la rigueur. Puisse cette dernière vous aider à réaliser vos objectifs. En ce moment crucial de notre histoire politique, nous avons besoin de cette rigueur. C'est le Sénégal qui y gagnerait.

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