Fadhel Jaibi. L'apprentissage de la démocratie

Beaucoup de choses peuvent se passer

Published on 12 June 2011

Author(s): Humanité.fr

Type:  Spécial Tunisie Ajouté : 19 Janvier 2011

Fadhel Jaibi, metteur en scène, fondateur avec Jalila Baccar 
de la compagnie Familia Productions, en 1993

Bien malin celui qui peut y voir clair sur ce qui se passe. Ce matin, j’étais dans la rue Bourguiba où se situe le ministère de l’Intérieur.

À nouveau, des manifestations s’organisent pour s’opposer à ce nouveau gouvernement, parce que le peuple tunisien ne veut pas que ce gouvernement, qui a été chassé par la porte, revienne par la fenêtre. On voudrait nous faire croire que c’est un gouvernement de transition mais personne n’est dupe.

Jalila Baccar (actrice, cofondatrice de la Familia et compagne de Fadel Jaïbi – NDLR) a refusé ce week-end le ministère de la Culture, a refusé de se prêter à cette mascarade. Beaucoup de choses peuvent se passer. Ce mouvement populaire peut être récupéré : pour cela, certains comptent sur son essoufflement. Et les mécanismes de la répression peuvent se reproduire. Nous sommes dans une énorme confusion.

Au milieu de ce vacarme, je préfère prendre du recul. Nous devons continuer à travailler à travers les collectifs, les comités, d’élaborer un projet alternatif. Les artistes, les intellectuels peuvent jouer un rôle essentiel entre les doléances de la jeunesse et le pouvoir. Nous espérons que l’on va continuer à écouter la rue.

Tout le monde fait son apprentissage de la démocratie naissante, et l’on doit se retrouver autour de l’idée de barrer la route à ce régime par des exigences démocratiques. Nous appelons à une révision de la Constitution pour passer d’un régime présidentiel à un régime parlementaire, un régime laïque qui instaure les libertés publiques. Nous vivons dans une alternance d’espoir et de peur, d’euphorie et de crainte. Tout ça va très vite. Nous avons peur que les choses échappent à la rue et que l’essoufflement gagne du terrain. Six mois, c’est long.

Fadhel Jaibi et Jalila Baccar seront à l’Odéon aujourd’hui à 15 heures 
et vendredi 21 janvier, à l’Agora d’évry, où ils rencontreront le public après la représentation d’Amnésia, leur dernière création.

Propos recueillis par Marie-José Sirach

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